Le blog du CEPII
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Ben Bernanke fait des assouplissements

Monnaie & Finance Politique économique 
Audio du 20 septembre 2012
Par Agnès Bénassy-Quéré
Retranscription écrite de l'émission du 20 septembre "Les idées claires d'Agnès Bénassy Quéré", chronique hebdomadaire sur France Culture le jeudi matin à 7h38.
A force d’assouplissements monétaires, nos banquiers centraux finiront par se gratter la tête avec les pieds ! Le président de la Réserve Fédérale américaine, Ben Bernanke, a annoncé jeudi dernier une troisième vague d’assouplissement dit « quantitatif » : la Fed va de nouveau imprimer des dollars pour acquérir des titres financiers. Elle achètera, pour 40 milliards de dollars par mois, des obligations adossées à des emprunts immobiliers, et ce jusqu’à ce que la situation de l’emploi s’améliore.

Autour de 8%, le taux de chômage américain passe mal dans un pays où les chômeurs sont peu indemnisés. Et les perspectives ne sont pas bonnes. La croissance, certes meilleure que chez nous, est régulièrement révisée à la baisse et personne ne sait comment le futur président des Etats-Unis négociera la fameuse « falaise budgétaire » en fin d’année. Marc, vous qui êtes un pro de la descente en rappel, connaissez-vous cette falaise dont la hauteur, de 3 à 4% du PIB, représente toutes les réductions d’impôts et dépenses publiques venant à échéance en fin d’année ? Si rien n’est fait, les entreprises américaines verront la demande baisser de ce montant, et l’activité plongera du haut de la falaise. Bien sûr, on peut s’attendre à un accord politique pour éviter le saut de l’ange mais prévoyant, le président de la Fed déploie d’ores et déjà le matériel de parapente.

Au fait, quel est le rapport entre l’assouplissement décidé par la Fed et le chômage dans les Rocheuses ? Eh bien, en intervenant sur les marchés, la Fed espère faire baisser les taux d’intérêt à long terme, et donc le coût de l’endettement pour les familles et les entreprises. Avec des taux plus bas, on consommera davantage et les entreprises pourront investir. Plus de demande de biens et de services, plus d’activité, plus d’emploi, voilà le programme.

Vous vous imaginez peut-être que Ben Bernanke est un messie dans son pays. Pensez donc, un banquier central qui se préoccupe d’emploi plutôt que d’inflation ! Eh bien non, le messie est violemment contesté par le camp républicain, et pas seulement par Mitt Romney. Pour John Taylor, professeur d’économie respecté à Stanford, la Fed n’arrivera pas à dégonfler assez vite la masse monétaire pour comprimer les prix si l’inflation revient. Et puis, ajoute-t-il, elle s’est laissée piéger par le gouvernement en rachetant, pour plus de 1000 milliards, des titres de dette publique. C’est ce qu’on appelle la « domination budgétaire » : la banque centrale a beau clamer son indépendance, elle finit toujours par éponger les dettes des gouvernements. Une fatalité qui empêche aussi de dormir nombre de nos amis allemands.

Aujourd’hui Ben Bernanke esquive cette critique puisqu’il n’achètera plus de titres  de dette publique. Il tient à soutenir quand même l’économie américaine en acquérant d’autres titres,  et il a déjà réussi à faire baisser le dollar. La falaise s’en trouve un peu rognée, mais elle est toujours là. Le président de la Fed est davantage un sauveteur en montagne qu’un moniteur d’escalade. 
 
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