Le blog du CEPII
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L’euro : trop fort pour les exportations françaises ?

Politique économique Europe 
Billet du 23 janvier 2014
Par Jérôme Héricourt, Philippe Martin, Gianluca Orefice
Le taux de change est régulièrement incriminé lorsqu’il s’agit de déplorer la perte de compétitivité à l’exportation des entreprises. Mais qu’en est-il réellement ? Une récente Lettre du CEPII examine la question à partir d’une analyse économétrique des données d’entreprises françaises.
Pour les entreprises françaises, et tout particulièrement pour celles qui exportent, le taux de change de l’euro est une variable sensible puisqu’elle peut subitement modifier leurs prix face à ceux de leurs concurrents étrangers. Si l’euro s’apprécie, les exportateurs n’ont, à court terme, le choix que de réduire leurs marges ou de voir reculer leurs parts de marché. Toute la question est de savoir dans quelles proportions.

Le débat sur ce point est souvent confus. Certains incriminent immédiatement le taux de change pour expliquer la perte de compétitivité des exportateurs français tandis que pour d’autres, les variations du taux de change auraient somme toute peu d’impact sur les exportations. On entend souvent dire qu’une appréciation de l’euro est d’autant plus préjudiciable aux exportateurs qu’elle intervient sur un euro déjà fort. Ou que l’impact du taux de change est très différent selon le secteur d’activité ou selon le pays partenaire.

Pour cette nouvelle Lettre du CEPII, nous avons examiné ces différentes questions à partir d’une analyse économétrique des données d’entreprises sur la période 1995-2010.

Selon nos estimations, une dépréciation de 10% de l’euro par rapport à un pays partenaire (hors zone euro) relève la valeur des exportations d’une firme exportatrice vers ce pays d’environ 6% en moyenne (avec un effet nettement plus important sur les volumes que sur les valeurs unitaires). Calculé, non plus au niveau de la firme, mais au niveau de 29 secteurs, cet effet est plus fort (+ 7,5 %) car il inclut le fait qu’une dépréciation non seulement augmente les exportations des firmes déjà présentes sur un marché, mais attire aussi de nouvelles entreprises sur ce marché.

L’ajustement est très rapide (sur une année) et dépréciation et appréciation ont des effets quasi symétriques pour les entreprises. La sensibilité des exportations aux variations du taux de change ne varie pas significativement en fonction niveau initial du taux de change. Les exportations des firmes des différents secteurs réagissent dans l’ensemble de façons assez proches ; par contre, leur réaction est nettement différenciée selon le pays de destination : elle est sensiblement plus forte lorsque celles-ci sont destinées aux pays de l’OCDE.

Il faut bien sûr rappeler que si une dépréciation améliore la compétitivité des entreprises, elle renchérit aussi les coûts de celles qui importent des biens intermédiaires, de l’énergie ou des matières premières. Ainsi, par exemple, nous observons qu’une dépréciation de l’euro de 10 % augmente les valeurs unitaires des biens manufacturés importés par les entreprises d’environ 2 % à 3 %, tandis que le volume de ces importations diminue de 0 à 2,5 %. A l’inverse bien sûr, l’impact négatif d’une appréciation sur les exportations est en partie compensé par son effet positif sur le prix des importations. L’internationalisation du processus de production offre ainsi une sorte de protection « naturelle » contre les mouvements du taux de change.

Nous soulignons aussi que les exportations réagissent de la même façon à un changement des prix relatifs qu’à un changement de parité de l’euro. Certes, le taux de change est une variable d’ajustement beaucoup plus rapide que ne le sont les prix relatifs. Mais à long terme, l’effet réel de la dépréciation du change est effacé par la hausse des prix, ce qui n’est pas le cas d’une amélioration des prix relatifs qui viendrait, par exemple, d’une augmentation de la productivité.
 
La Lettre du CEPII, n°340, « Les exportateurs français face aux variations de l’euro », par J. Héricourt, P. Martin et G. Orefice, janvier 2014 [1].


[1] Les résultats de cette Lettre ont été repris dans A. Bénassy-Quéré, P-O. Gourinchas, P. Martin & G. Plantin (2014) « L’euro dans la guerre des monnaies », Les notes du Conseil d’analyse économique,  n° 11, janvier.
 

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