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Financer l’atténuation : comment établir un système de financement mondial équitable ?

Environnement & Ressources Naturelles 
Billet du 18 janvier 2016
Par Kaba Nialé
Le Ministère de l’Economie et des Finances de Côte d’Ivoire présente sa vision sur les moyens financiers nécessaires pour soutenir une croissance plus verte, et ses attentes relativement à la Communauté internationale.

Cet article fait partie d'une série spéciale de billets dédiée à la dimension économique des sujets environnementaux qui seront discutés à la Conférence sur le Climat à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Discours de Madame le Ministre auprès du Premier Ministre chargée de l’Economie et des Finances de la République de Côte d’Ivoire, au débat sur le thème « Financer l’atténuation : comment établir un système de financement mondial équitable ? », organisé le 7 décembre en marge de la 21ème Conférence Mondiale pour le Climat à Paris. La Fondation pour les Etudes et Recherches sur le Développement International (FERDI), la Fondation Eni Enrico Mattéi (FEEM) et France Stratégie ont invité le Ministère de l’Economie et des Finances de Côte d’Ivoire à présenter sa vision sur les moyens financiers nécessaires pour soutenir une croissance plus verte, et ses attentes relativement à la Communauté internationale.

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un réel plaisir de me trouver à cette tribune à l’occasion de la 21ème Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP 21).

Avant d’aller plus loin dans mon propos, je tiens au nom de SEM. Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire, à remercier l’ensemble des organisateurs pour l’insigne honneur qui est fait à mon pays, la Côte d’Ivoire, en m’invitant à prendre la parole devant cette assemblée.

Mon intervention portera sur deux points. Je partagerai tout d’abord avec vous l’expérience et les ambitions de la Côte d’Ivoire en matière de développement durable, et je présenterai ensuite quelques-unes de nos réflexions relativement au financement des actions de lutte contre le changement climatique dans les pays en développement en général, en Afrique en particulier.

Ce faisant, nous espérons contribuer à rechercher une solution durable et équitable pour la lutte contre les changements climatiques dans le monde.

I. La Côte d’Ivoire intègre les problématiques de développement durable et de climat dans son processus de développement.

La Côte d’Ivoire, à l’instar des autres pays, est consciente des effets du changement climatique dont elle subit les conséquences (sécheresses, inondations, érosion côtière...) et qui présentent de fait un risque pour le développement de notre population.
Inscrite dans le processus de RIO depuis 1992, la Côte d’Ivoire a, depuis, ratifié et adhéré aux conventions et mécanismes internationaux en matière de lutte contre le changement climatique. Elle a ajusté son cadre institutionnel par la mise en place de structures dédiées (Ministère, agence d’exécution, Programmes, etc.), d’un cadre réglementaire (dont un code de l’environnement) et elle procède au renforcement des capacités de ses acteurs publics et privés.

Depuis 2012 un Programme National Changement Climatique (PNCC) a été adopté, qui a pour mission principale aujourd’hui de conduire la stratégie nationale de lutte contre les changements climatiques pour la période 2015-2020.

Un juste équilibre est nécessaire à trouver entre les objectifs de développement et la lutte contre le réchauffement climatique. Le Gouvernement ivoirien doit améliorer significativement le niveau et la qualité de vie de sa population ; il ambitionne de ce fait de devenir un pays émergent à l’horizon 2020 ; et ce sentier de développement pourrait s’accompagner, toutes choses égales par ailleurs, notamment avec les technologies actuelles, d’une augmentation de la consommation en énergie fossile.Le Gouvernement peut s’engager dans un scénario bas carbone, qui équivaudra en 2030 à un effort de réduction estimée à 28% de nos émissions de gaz à effet de serre, par rapport au cours normal de notre développement sur une base 2012.

La réalisation de cet objectif passe par plusieurs leviers d’actions, dont les principaux sont : (i) le développement des énergies renouvelables d’abord, dont la part dans le mix électrique pourrait fortement s’accroître et atteindre 26% pour l’hydroélectricité et 16% pour les autres sources d’énergie renouvelables. Si la Côte d’Ivoire obtient le soutien nécessaire de la communauté internationale, elle pourrait porter à 32% au lieu de 16% cette part des énergies renouvelables hors hydroélectricité dans son mix électrique, car le potentiel de ces énergies est encore largement sous-exploité (ii) l’intensification et la mécanisation de l’agriculture et de la production animale qui permettra également de (iii) limiter la déforestation et la dégradation des forêts, troisième vecteur important de la réduction des gaz à effet de serre ; (iv) enfin la gestion durable des déchets et leur valorisation.

II. La réussite de la mise en œuvre de cette stratégie est toutefois conditionnée par la mobilisation des ressources financières nécessaires, le renforcement des capacités et le développement des technologies.

La Côte d’Ivoire entend mobiliser une large palette d’instruments financiers. Le financement par le secteur privé, international comme domestique, est une quasi-condition de la réussite de cette stratégie.

Le Gouvernement prendra toute sa part, avec la mobilisation de ressources publiques directes ou indirectes, et en créant les conditions nécessaires pour accompagner le secteur privé.

Mais l’appui de la communauté internationale et des pays industrialisés, s’avèrera primordial pour soutenir les investisseurs et le pays, l’Afrique d’une manière générale, dans ces stratégies de développement « éco-carbone », au regard de l’ampleur des coûts, des capacités d’épargne nationale et du contexte.

Les pays industrialisés se sont fixés l'objectif de mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 pour soutenir les activités d'atténuation et d'adaptation dans les pays en développement. Mais je souhaite rappeler néanmoins que la Directrice du Fonds vert pour le climat estimait en juillet 2015 lors de la Conférence sur le financement du développement à Addis Abeba, que 400 milliards de dollars par an étaient nécessaires pour rendre résilients et écologiques les investissements à long terme des pays en développement.

Les mécanismes et modalités de gestion des fonds internationaux, comme le Fonds vert pour le climat devraient capitaliser les expériences des Fonds antérieurs en veillant à une affectation équitable des ressources. Ils doivent s’adapter aux réalités des pays en développement, et à l’Afrique en particulier. A cet effet, les facilités suivantes pourraient être recherchées :

  • favoriser l’accès direct aux financements climat par les pays en développement contrairement aux anciens fonds, dont le fonctionnement reposait sur la mobilisation des agences multilatérales de développement ;

  • assouplir les procédures d’accréditation des organismes nationaux pouvant bénéficier des fonds verts ;

  • adapter les instruments financiers aux besoins spécifiques et aux capacités des pays en développement, notamment les pays africains. Qu’il y ait davantage de dons et de prêts concessionnels pour ces pays. Un quota d’allocation de ressources au bénéfice des pays africains serait une excellente décision ;

  • affecter surtout une partie des ressources des différents fonds carbone au financement du transfert de technologies. Des solutions doivent être recherchées concernant le sur-coût des nouvelles technologies pour favoriser les projets d’investissements éco-carbones dans nos pays ;

  • redonner un nouveau souffle au Mécanisme de Développement Propre et instaurer un système de bonus sur les contrats carbone africains ; cela permettrait de résorber l’écart de compétitivité entre l’Afrique et d’autres régions du monde au regard notamment des investissements directs étrangers.

  • innover financièrement, à l’instar des obligations vertes.

Voilà en quelques mots, les éléments que nous souhaitions mettre en avant et partager avec vous sur la question du financement de l’atténuation. Il s’agit d’une préoccupation majeure pour nos pays, et nous appelons la communauté internationale à concrétiser les engagements forts qui ont été pris, aux fins d’une réduction considérable des gaz à effet de serre, à l’issue de cette 21ème Conférence des Parties (Cop 21).

Je vous remercie.

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